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Auteur: Frémion, Yves
Titel: L'Anarchiste
Sub titel: L'affaire Léauthier (1893-1894)

En 1893, Sébastien Faure reçut une lettre datée du 12 novembre. L'auteur, un “cordonnier chômeur du nom de Léon Léauthier, annonçait qu'il comptait se venger des exploiteurs en crevant un bourgeois avec son outil de travail. Le “13 novembre, Léauthier plantait son tranchet dans les côtelettes d'un bourgeois choisi au hasard dans la clientèle du bouillon Duval, un restaurant parisien. Le hasard eut la main "heureuse" puisque la victime n'était autre que Georgewitch, un ministre serbe repéré pour sa grosse panse, ses beaux habits et sa légion d'honneur ostensiblement affichée. L'archétype du maudit bourgeois qui, par dessus le marché, représentait la dynastie des Obrenovitch, dictateurs de leur état. Georgewitch en réchappa mais Léauthier dégusta. Nous sommes à la "Belle" époque où la propagande par le fait bat son plein. En 92, Ravachol et “Emile Henry posent des bombes. En 93, Auguste Vaillant fait sauter l'Assemblée nationale. En 94, Caserio assassine Carnot. Bref, les nantis font dans leur “froc, la presse pourrie joue aux chiens de garde (déjà...) et les anars sont “dans le collimateur des tribunaux. Emile Pouget part en exil, Faure est arrêté pour association de malfaiteurs, la bibliothèque d'Elisée Reclus est saccagée.La publication des journaux libertaires est interrompue. Comme on le sait, Le Libertaire sera repris en 1895 par Faure et Louise Michel. Yves Frémion explique aussi ce qui différencie Léauthier de ses turbulents contemporains, figures devenues presque légendaires. Léauthier était "un chaste, un pur, un de ces hommes déboussolés d'être plongés dans une société dissolue, corrompue jusqu'à la moelle. Léauthier était honnête au-delà de la norme et - employons le terme - vertueux." Léon Léauthier se disait anarchiste depuis l'âge de seize ans. Il avait assisté à des conférences de Sébastien Faure à Marseille. Dans son coin, il enrageait contre un système qui gavait les feignasses et jetait dans la misère les travailleurs. Frémion accompagne Léauthier durant tout son procès en s'appuyant sur des documents historiques. En février 94, à la fin des audiences, Léauthier envisageait courageusement son sort. "Je sourirai sous votre guillotine" a-t-il lancé au jury. Il fut condamné aux travaux forcés à perpète. Direction la Guyane pour un bagne qui méritait bien son nom de “"guillotinesèche". Léauthier, numéro 26548, retrouvera des compagnons libertaires sur l'île saint-Joseph. Soumis au climat équatorial, aux privations et aux tortures perpétrées loin des regards indiscrets, les bagnards (en particulier les anarchistes) finissaient rapidement dans l'estomac des requins, le tombeau des forçats. Quand la mort n'arrivait pas assez vite, les matons abattaient d'une balle les indésirables ou organisaient des complots pour nettoyer la place. Léauthier fut parmi les victimes d'une provocation qui se termina en massacre entre le 21 et le 23 octobre 1894. Onze forçats furent tués par des surveillants dopés au tafia et à l'absinthe. Réfugié à Londres mais bien informé, Pouget fut le seul à dénoncer le crime dans le Père Peinard trois semaines plus tard. Comme le souligne l'auteur, «l'idéalisme de Léauthier, sa pureté désarmante, peuvent faire sourire, surtout ceux qui ne font jamais rien.» Quand on connaît le chômage de près, quand on a vu les vestiges effrayants des îles du Salut, quand on ne supporte pas ce monde d'affameurs et de fauteurs de guerre, on ne peut que respecter le ouvenir de Léon Léauthier. Merci donc à Yves Frémion d'avoir sorti de l'oubli un compagnon jusqu'alors essentiellement connu des initiés.
1999, 232 pag., Euro 19,5
Flammarion, Paris, ISBN 9782080677006


This page last updated on: 13-1-2015